Françoise Dumas
Députée de la 1ère circonscription du Gard
Françoise Dumas
Députée de la 1ère circonscription du Gard

A l'Assemblée Nationale

Ce matin, les commissaires aux affaires étrangères et à la défense, auditionnaient Camille Grand Secrétaire général adjoint de l’OTAN pour l’investissement de défense, le Général Henri Bentégeat, ancien chef d’état major des armées, et Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), dans le cadre d'une table ronde sur l'avenir de l'Alliance Atlantique. 

 

                               « Avant toute chose, je voudrai m’associer à l’hommage de la représentation nationale aux 13 militaires français morts au cours d’une action de combat dans le cadre de l’opération Barkhane au Mali. Chaque jour, notre commission de la Défense nationale et des forces armées, constate, à travers ses nombreuses rencontres, l’engagement et le professionnalisme de nos soldats, qui méritent toute l’admiration et la reconnaissance de la nation. Ces décès nous rappellent que cet engagement en faveur de notre sécurité peut aller jusqu’au sacrifice suprême. Nos pensées vont aujourd’hui vers les familles, les proches et les frères d’armes de ces jeunes gens morts pour la France. 
Je voudrais maintenant souhaiter la bienvenue à nos trois invités que je remercie d’avoir accepté d’être présents ce matin pour débattre avec nous de l’avenir de l’Alliance atlantique.

Cette audition est commune avec la commission des affaires étrangères, ce dont je me réjouis car une bonne politique étrangère dépend, est-il besoin de le rappeler, d’une fine articulation entre défense et diplomatie. L’une ne va pas sans l’autre. Je souhaite que cette réunion soit le prélude à de nombreux travaux communs entre nos deux commissions. 
Cette audition intervient à quelques jours d’un sommet programmé à Londres pour fêter les 70 ans de l’OTAN et qui devrait être l’occasion d’apporter des premiers éléments de réponse aux interrogations politiques et stratégiques qui se posent aujourd’hui de manière ouverte à l’OTAN. Cette audition répond aussi à une nécessité pour que les députés puissent se saisir de ce débat, ne pas en être de simples spectateurs, et fassent connaître, dans leurs diversités et peut être leur convergence, les opinions qui sont les leur.
La crise politique et stratégique que traverse l’OTAN ne date pas des déclarations il y a quelques jours du Président de la République dans The economist. Celles-ci ont eu le mérite de la mettre publiquement à jour, et de contraindre l’ensemble de nos partenaires à se positionner par rapport à elles, à les obliger à rompre avec toute tentation d’immobilisme. 

Mais cette crise est plus ancienne. 

L’Alliance atlantique, créée en 1949 pour conjurer la menace soviétique, a survécu à la disparition et du pacte de Varsovie en février 1991 et de celle de l’Union soviétique en décembre 1991. Cette belle longévité, 70 ans, est en soi un succès. Elle s’explique par la volonté des Etats-Unis de continuer à exercer une influence stratégique en Europe et la crainte de nombreux pays européens de voir ressurgir la menace russe.
Cet équilibre a été remis en cause à la fois par les déclarations du président Trump qui a jugé l’OTAN obsolète dès sa campagne électorale de 2016 et s’est interrogé sur la clause de défense mutuelle de l’article 5 du traité de Washington. L’intervention unilatérale de la Turquie en Syrie le mois dernier, contre ceux-là même qui nous ont apporté une aide déterminante dans la lutte contre le Califat de Daech, n’a fait que renforcer les doutes quant à la cohérence et la stratégie de l’alliance en tant que structure politique.

Certes, le rôle militaire de l’organisation n’est pas en cause. Nul ne songerait à remettre en question les acquis de 70 ans de planification, de standardisation et d’interopérabilité de l’OTAN. Il serait insensé de prétendre remplacer ce capital patiemment accumulé par une structure créée ex nihilo.
Ce n’est donc pas sous cet angle qu’il faut comprendre le concept d’autonomie stratégique de l’Union européenne. Ce serait d’ailleurs contraire aux textes européens. En instaurant une obligation d’aide et d’assistance à tout Etat membre qui « serait l'objet d'une agression armée sur son territoire », plus contraignante que l’article 5, l’article 42-7 du traité sur l’Union européenne rappelle que « l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l'instance de sa mise en œuvre. »

On ne peut cependant se satisfaire de la vision mercantile du président Trump, qui semble ne voir dans le parapluie américain offert à tous ses alliés, y compris asiatiques, qu’un investissement dont la rentabilité économique doit être sérieusement désormais prise en considération. En tout cas, le président Macron estime que la France « n’a pas signé pour cela », et je suis persuadée que nous sommes nombreux à considérer ici qu’il a raison de le dire, et que ces mots peuvent contribuer à accélérer les réflexions en cours au sein de l’OTAN et la prise de conscience par les Européens de leurs responsabilités. 

Pour développer une nécessaire autonomie stratégique européenne, il faut bien sûr s’interroger sur les moyens pour la France de mettre en œuvre un pilier européen de l’alliance. Elle ne peut agir seule. Ne faudrait-il pas commencer par une alliance entre les trois principales puissances militaires européennes ? La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, contribuent ensemble en effet aux deux tiers de l’effort de défense européen et représentent bien davantage en termes opérationnels et capacitaires. Il pourrait être possible ensuite d’y associer d’autres pays, comme l’Espagne, qui témoigne d’un intérêt de plus en plus accru pour les projets de coopération de défense. 

Pour aller plus loin, peut-on ou faut-il même envisager à terme une OTAN sans les Etats-Unis ? 

On le voit, les questions que nous nous posons et que se posent nos concitoyens sont nombreuses et les trois heures qui viennent ne seront pas de trop pour les évoquer toutes.
Encore une fois, merci à tous les trois d’avoir répondu positivement à notre invitation ce matin et sans plus tarder nous vous laissons la parole, étant rappelé que vos interventions seront suivies d’une séance de question réponse avec les députés de nos deux commissions. »

 

Retrouvez ci-dessous la vidéo des échanges de la table ronde : 


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