Françoise Dumas
Députée de la Première circonscription du Gard
Présidente de la Commission de la Défense nationale
et des forces armées
Françoise Dumas
Députée de la Première circonscription du Gard
Présidente de la Commission de la Défense nationale
et des forces armées

Résolution sur la condamnation de l’offensive militaire turque

A l'Assemblée Nationale

L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité la proposition de résolution portant sur la condamnation de l’offensive militaire turque, à l'initiative de la Présidente de la commission des affaires étrangères, Madame Marielle de Sarnez. 

Vous trouverez ci-dessous le verbatim de ma prise de parole :

"Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,

Qu’il me soit permis en ma qualité de présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées de rappeler en préambule, les enjeux et les raisons ayant conduit à l’intervention d’une coalition internationale sur la zone-irako syrienne. 
Les objectifs de la coalition internationale sont contenus dans la résolution 2249 présentée à l’initiative de la France et adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité en novembre 2015, aux lendemains des attentats parisiens du 13 novembre, commandités faut-il le rappeler de Raqqa. Cette résolution rappelle que « l’Etat islamique d’Iraq et du levant constitue une menace mondiale d’une gravité sans précédent contre la paix et la sécurité internationales ». Elle demande aux Etats membres « qui ont la capacité de le faire, de prendre toutes les mesures nécessaires sur le territoire se trouvant sous le contrôle de Daech, en Syrie et en Irak, de redoubler d’efforts et de coordonner leur action en vue de prévenir et de mettre un terme aux actes de terrorisme ». 
Cette bataille contre le terrorisme, nous l’avons livrée et nous avons remporté une première victoire en mettant fin au sanctuaire que constituait le Califat. Depuis la victoire de Baghouz en mars dernier, Daech ne contrôle plus de territoire. 
Les Kurdes, beaucoup d’entre vous l’ont rappelé à juste titre, ont apporté une aide déterminante à cette victoire grâce à la mobilisation des Forces démocratiques syriennes, dont ils constituent la très grande majorité. Ils ont payé leur participation du prix de leur sang, puisqu’on estime à 13 000 le nombre de morts parmi les FDS -dont je le rappelle 30 % de femmes- et à 23 000 le nombre des blessés. Ils méritent amplement le nom de frères d’armes dans cette lutte contre le terrorisme. 
Les Américains ont aussi tenu leur rôle. En apportant une aide décisive en termes de commandement et de logistique, ils furent la colonne vertébrale de cette coalition. 
Mais en dépit des victoires militaires, la guerre contre le terrorisme n’était pas pour autant définitivement gagné, et la récente mort du chef de DAECH, al-Baghdadi, n’y changera rien. Il existe dans la région de nombreuses cellules ou dormantes ou clandestines actives qui organisent régulièrement des attentats meurtriers. L’expansion de Daech continue en Afrique : au Mali, au Burkina Faso, en Somalie, et plus récemment au Mozambique. 
Pour éradiquer le terrorisme, après avoir gagné la guerre, il nous fallait maintenant gagner la paix par la stabilisation et la reconstruction de la région. 
Or, ce sont ces cinq années d’efforts qu’a balayé l’intervention turque en remettant en cause la stratégie qui était la nôtre. Cette attaque contre le territoire syrien a été autorisée par les Etats Unis et l’annonce de leur retrait. Aujourd’hui, du fait de cette attaque, les interrogations sont nombreuses. 
Celle du devenir des Kurdes tout d’abord, nos frères d’armes. On dénombre déjà près de 300 000 déplacés et le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme est en train de documenter toute une série d’exactions commises à leur encontre dont nombre d’entre elles constituent des crimes de guerre. La perspective d’une région autonome au nord-est syrien avec un gouvernement majoritairement kurde, même si y participaient d’autres minorités, est sérieusement compromise. 
La question du renforcement de Daech, ensuite. Les FDS jouaient un rôle très actif, épaulés par les occidentaux, dans la lutte contre les cellules de DAECH ; les miliciens kurdes contrôlent toujours un certain nombre de prisons où sont enfermés les combattants djihadistes capturés dans les combats de la libération de leur territoire. L’attaque turque remet ces acquis en question et on assiste d’ores et déjà à des évasions. Est-il réaliste de compter sur Bachar El-Assad pour combattre les djihadistes?
Notre action contre DAECH va devenir plus difficile puisqu’elle va devoir être conduite sans force locale et depuis le territoire irakien, alors même que ce pays connaît aujourd’hui lui aussi de nombreux troubles. Le principal bénéficiaire de nos divisions au sein de l’OTAN est la Russie. 
Face à ce fiasco, que pouvons-nous faire ?
On ne peut se contenter du statut quo actuel, avec une partie de la Syrie occupée par les Turcs et des millions de déplacés et réfugiés. 
Nous avons déjà pris des mesures dont la plus visible est l’embargo sur la livraison des armes à la Turquie. 
Il nous faut continuer, c’est un impératif moral, à plaider la cause des Kurdes dans le cadre d’un futur règlement politique. 
Il nous faudra encore, dans la lignée des objectifs du Président de la République, construire une autonomie stratégique de la défense européenne. Nous ne pouvons continuer à subir les décisions d’alliés contraires à nos intérêts stratégiques. 
Mais pour être en mesure d’être écouté, il nous faut aussi être en mesure d’agir. Et je vous prierai de ne pas l’oublier dans quelques instants au moment où nous discuterons des crédits de la mission « Défense ». 
Je vous remercie."

 

Retrouvez la vidéo de mon intervention en ligne : 


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